Pension de Réversion et Capital Décès : Ce Que Votre Famille Peut Réclamer
Après votre décès, votre conjoint peut avoir droit à une pension de réversion, un capital décès et des prestations de survivant — mais seulement s'il sait quoi demander, où aller, et dispose des bons documents.
Les Prestations Dont Votre Famille Ignore l'Existence
Imaginez la scène : votre conjoint décède brutalement. Vous êtes dévastée, submergée, à peine capable d'agir. Vous organisez les obsèques, vous occupez des enfants, traversez le choc du deuil. Trois mois plus tard, quelqu'un vous dit incidemment que vous aviez peut-être droit à une pension de réversion — et qu'il fallait la demander dans les mois suivant le décès pour percevoir les arrérages.
Vous avez raté l'échéance.
Ce scénario est bien plus courant qu'on ne le croit. La pension de réversion de la CNAV, le capital décès de la Sécurité sociale, les droits à réversion des caisses de retraite complémentaire comme l'Agirc-Arrco — ce sont des sommes réelles que des familles ne touchent pas. Non pas parce qu'elles n'y ont pas droit. Mais parce qu'elles ne savaient pas que ça existait, qu'elles ne trouvaient pas les documents, ou qu'elles avaient dépassé les délais.
La planification numérique du patrimoine change tout ça. Et c'est peut-être l'acte le plus utile financièrement que vous ferez jamais pour les personnes que vous aimez.
Ce Que Vos Proches Peuvent Percevoir en France
Pension de réversion (régime général CNAV) : Si vous avez cotisé au régime général de la Sécurité sociale, votre conjoint survivant peut percevoir 54 % de votre pension de base, sous conditions de ressources. L'âge minimum est de 55 ans, sauf exception. La demande s'effectue auprès de la CNAV ou via le portail info-retraite.fr. Attention : le délai de rétroactivité est limité à 12 mois.
Pension de réversion Agirc-Arrco : Pour les salariés du secteur privé, la retraite complémentaire Agirc-Arrco prévoit également une réversion, en général de 60 %. Elle est cumulable avec la réversion du régime de base, sans condition d'âge ni de ressources. Là encore : c'est à votre famille de faire la demande.
Capital décès de la Sécurité sociale : Si vous étiez salarié au moment du décès, vos ayants droit peuvent prétendre à un capital décès d'environ 3 500 € (montant forfaitaire régulièrement réévalué). La demande doit être faite auprès de la CPAM dans les deux ans suivant le décès. C'est souvent l'une des premières choses à réclamer — et l'une des plus oubliées.
Allocation veuvage : Destinée au conjoint de moins de 55 ans qui ne remplit pas les conditions de la pension de réversion, l'allocation veuvage est versée pour deux ans maximum. Elle est soumise à conditions de ressources.
Prévoyance collective employeur : Si vous travailliez dans une entreprise proposant un contrat de prévoyance collectif (ce qui est obligatoire dans beaucoup de secteurs depuis la loi ANI de 2013), votre famille peut avoir droit à un capital décès souvent compris entre un et quatre fois votre salaire annuel brut. Ce n'est pas la Sécurité sociale qui le verse — c'est l'assureur désigné par votre employeur. Votre famille doit le demander directement.
Droits à réversion des fonctionnaires (CNRACL, SRE) : Si vous êtes ou avez été fonctionnaire, les règles diffèrent et peuvent être plus favorables. Les droits à réversion de la CNRACL sont d'environ 50 % de la pension du défunt.
Le problème ? Aucune de ces prestations n'est versée automatiquement. Chacune nécessite une demande, des documents, et de l'initiative — exactement au moment où votre famille en est le moins capable.
Pourquoi Tant de Familles Passent à Côté
Les raisons sont remarquablement constantes :
Elles ne savaient pas que la prestation existait. La Sécurité sociale ne contacte pas spontanément les veuves et veufs. Il faut savoir qu'on doit faire une demande. Si votre famille ignore auprès de quelles caisses vous avez cotisé, l'argent disparaît silencieusement.
Elles ne trouvaient pas les documents. Pour la majorité des demandes, il faut fournir : votre numéro de Sécurité sociale, vos relevés de carrière, vos bulletins de salaire récents, l'acte de mariage ou de PACS, les actes de naissance des enfants, et l'acte de décès. Si tout ça est dispersé dans des classeurs, des anciens comptes e-mail ou des systèmes auxquels votre famille n'a pas accès — les démarches deviennent un calvaire ou échouent.
Elles n'ont pas agi assez vite. Le délai de rétroactivité du capital décès est de deux ans — mais beaucoup d'autres droits doivent être activés rapidement. La combinaison du deuil et de la complexité administrative aboutit régulièrement à des délais dépassés.
Elles ignoraient l'existence de certains régimes. Une carrière typique peut avoir généré des droits dans plusieurs régimes : régime général, Agirc-Arrco, régime des professions libérales (CIPAV), régime des indépendants (SSI), régime des fonctionnaires. Votre conjoint connaît-il tous ces régimes ?
La Solution : Une Transparence Numérique Organisée
Une bonne planification du patrimoine ne se résume pas à rédiger un testament chez le notaire. Elle implique aussi de s'assurer que la bonne personne dispose des bonnes informations au bon moment.
Un document numérique structuré et sécurisé devrait contenir :
- Récapitulatif complet des retraites : chaque caisse ou régime auprès duquel vous avez cotisé, avec numéro d'affilié et coordonnées
- Numéro de Sécurité sociale et accès au compte Ameli et à info-retraite.fr
- Historique professionnel : notamment les employeurs qui proposaient une prévoyance collective
- Polices d'assurance : assurance vie, assurance décès, contrat prévoyance
- Bénéficiaires désignés : qui figure dans vos contrats, et est-ce encore à jour ?
- Instructions concrètes : que faut-il demander, auprès de qui, dans quel ordre
L'objectif est que votre conjoint ou votre famille, en plein deuil, puisse ouvrir un seul document et trouver une feuille de route claire — pas une chasse au trésor.
L'Expatrié en France : Complexités Supplémentaires
Vous avez travaillé dans plusieurs pays ? La complexité s'amplifie :
- Des droits à retraite peuvent avoir été constitués dans votre pays d'origine
- Vous avez peut-être cotisé quelques années dans un autre régime européen
- En France, vous avez accumulé des droits dans le régime général et éventuellement en complémentaire
Grâce aux règlements européens de coordination (règlement 883/2004), les périodes de cotisation dans différents pays de l'UE peuvent être prises en compte. Mais votre famille doit en avoir connaissance — et déposer des demandes dans chaque pays concerné, parfois dans la langue locale.
Les expatriés qui n'ont pas documenté leur historique de cotisations internationales sont particulièrement exposés à la perte de droits que leur famille ne saura jamais réclamer.
Ce Que Vous Pouvez Faire Dès Aujourd'hui
Vous n'avez pas besoin d'être âgé ou malade pour vous en occuper. Il vous suffit de comprendre que les personnes qui dépendent de vous comptent sur votre prévoyance — même en votre absence.
Étape 1 : Listez tous les régimes auprès desquels vous avez cotisé. Le service info-retraite.fr centralise les informations de la plupart des régimes français.
Étape 2 : Notez votre numéro de Sécurité sociale et expliquez comment votre conjoint peut accéder à votre compte Ameli.
Étape 3 : Vérifiez si votre employeur propose un contrat de prévoyance collectif — et qui est désigné bénéficiaire.
Étape 4 : Stockez ces informations dans un endroit accessible à votre conjoint ou à une personne de confiance. Pas dans votre tête. Pas dans un fichier sans indication du mot de passe.
Étape 5 : Informez cette personne que le document existe — et où le trouver.
Ce Que Coûte L'Inaction
Un couple de quarante ans, avec un crédit immobilier, deux enfants et vingt ans de carrière dans plusieurs entreprises, peut avoir des droits combinés — réversion, capital décès, prévoyance — représentant des dizaines de milliers d'euros. De quoi alléger un crédit immobilier, financer des études, ou tout simplement éviter l'effondrement financier dans la pire période d'une vie.
Si cet argent n'est pas réclamé parce que personne ne savait qu'il existait, que les documents manquaient ou que les délais ont été dépassés — ce n'est pas une contrariété administrative. C'est une catastrophe financière évitable, en plus d'un deuil dévastateur.
Vous avez la possibilité d'empêcher ça.
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